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Casa Voyager nous raconte la scène émergente au Maroc

Le Maroc est devenu une destination phare pour les festivaliers en quête de musique électronique. En seulement quelques années, trois nouveaux festivals ont vu le jour autour de Marrakech et d’Essaouira : Oasis, Atlas et MOGA. Cela indiquerait-il un appétit croissant pour la musique électronique en Afrique du Nord ? J’ai posé quelques questions à Driss aka OCB, le fondateur du label Casa Voyager né à Casablanca pour essayer d’en savoir plus sur la scène underground marocaine.

Hello Driss ! Tu peux peut-être nous parler un peu de toi d’abord. Comment t’est venu cet attrait pour la musique électronique et la production ?

Sûrement par accident, je fouinais souvent dans les disques de ma grande sœur quand elle est rentrée de France au Maroc vers 2005. Certains d’entre eux ont vraiment façonné mes goûts en matière de musique comme l’album “Hacker” d’Anthony Rother (qui est toujours un de mes albums préférés). Pour la prod, c’était surement par ennui, autrement qui a vraiment envie d’apprendre à utiliser FL studio tout seul, sans tuto sur Youtube et sans studio ?! J’ai réussi après un nombre incalculable de tentatives à enregistrer un track. Je l’ai joué à ma sœur qui – un peu comme on fait a un enfant qui te montre son premier dessin – au lieu de me dire que c’était de la merde m’a dit que c’était bien et que je devais continuer. Puis moi je l’ai cru! Et maintenant c’est ce que je fais. J’ai pas trop de sous, mais je suis plutôt heureux.

Casa Voyager a explosé, tout le monde s’est arraché vos disques dans mon cercle d’amis et bien au-delà puisque j’ai entendu à plusieurs reprises vos morceaux dans des sets ou des podcasts d’artistes reconnus. Vous vous y attendiez ? Comment vous envisagez le futur du label désormais ? Et est-ce que tu penses pouvoir réussir à me décrire l’ADN de ce label ?

On s’y attendait franchement pas et on a toujours du mal à le croire parfois! On n’y a pas placé trop d’espoir au début, car on est tous plutôt de nature pessimiste et c’était peut-être aussi une manière de se protéger. Mais personnellement j’ai toujours cru en des artistes comme Kosh ou Joe [NDLR : Youssef Benjelloun et Jonas Bengio, les deux autres fondateurs de Casa Voyager], je savais que s’ils ne montaient pas dans ce train là, ils seraient forcément dans celui d’après.
Personnellement, je pense qu’on doit encore faire nos preuves, donc continuer à faire des disques intéressants serait peut-être une bonne chose pour envisager un futur. Pour l’instant, on aimerait surtout développer nos relations avec les artistes en lesquels on croit. Il y a beaucoup de potentiel au Maroc, on essaie de rassembler un maximum de ressources pour qu’ils aient une chance de plus de s’exprimer et de se professionnaliser, je crois que c’est ça l’ADN du label.

Comment ça se passe au Maroc avec la scène musicale “underground” ? Je pense qu’on peut parler d’une scène émergente mais tu es le mieux placé pour nous en parler, alors est-ce que tu as vu le public marocain montrait un intérêt grandissant pour votre musique (et tout ce qui s’en rapproche) et est-ce que tu saurais en expliquer les causes ?

Je pense qu’il est difficile de parler d’underground, même en Europe. L’accès aux médias de masse a grave changé la donne et l’industrie de la musique électronique à bien évolué depuis le temps.
Au Maroc, je dirais que ça n’évolue bien que depuis deux ans avec l’arrivée des deux grosses productions comme Atlas Electronic et Oasis. Ça a permis à plein de personnes de découvrir ce son mais ça a surtout donné la possibilité à ceux qui s’intéressaient déjà a la musique électronique de s’ouvrir à de nouveaux genres qui n’étaient pas forcément proposés. Avant ça, c’était vraiment compliqué, il y avait peut-être un intérêt pour la fête mais pas pour la musique, donc on retrouvait généralement uniquement de la tech-house pas élaborée. On faisait partie d’une niche. Depuis, on voit bien que les gens veulent en savoir plus, il y a beaucoup d’initiatives, de collectifs et même les clubs sont de plus en plus enclins à programmer de la techno en soirée, mais ça reste difficile en terme de ressources. Pour te donner une idée, la dernière fois que j’ai joué dans un club au Maroc, le public était composé de 15 personnes venues pour le son, 30 personnes avec leur bouteille et leur chicha et une quinzaine de travailleuses du sexe. Ambiance du jeudi. On a joué que de la ghetto tek avec Kosh, ce qui au final a créé un mélange hétérogène assez cool.

En tout cas, il y a un truc, c’est clair, maintenant il faut que les artistes, promoteurs et médias jouent leur rôles respectifs (ce qui commence à être le cas) et que le public s’informe plus sur cette culture dans sa globalité et pas seulement à travers le prisme “taz et funktion1”.
Je pense qu’il y a plusieurs causes à l’émergence de cette scène, mais les plus évidentes c’est qu’en fait les Marocains qui ont fait leur études en Europe et qui ont découvert cette culture alternative se sont mis à créer leur petite communauté en faisant le chemin inverse. Aussi, le Maroc est un pays ou les non-dits, l’inégalité entre les classes et la pression sociale sont très présents toute la semaine. Peut-être que c’est pour ça que les gens vont de plus en plus danser le week-end, pour s’affranchir de toute ces barrières. De ce point de vue là, ça me rappelle beaucoup le mouvement techno a ses débuts.

Terminons avec une question plus légère 🙂 Tes trois disques du moment ?

Pas vraiment trois disques du moment mais trois disques cools :

Prochaine date : La Chinerie Festival le 8 juin à Lyon.

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