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Interview anniversaire : retour sur six ans de Concrete avec Brice Coudert

Concrete, club parisien prisé du quai de la Râpée, fête ce week-end son sixième anniversaire. Avec un nouveau format, le samedimanche et une récente licence d’ouverture 24 heures, Concrete a souvent une longueur d’avance sur la nuit de la capitale. Le bateau se développe et peut se vanter d’avoir trouvé bon port à Paris, où la musique électronique est en pleine forme. 

Juste avant d’entamer un long week-end de festivités au line-up représentatif (Antigone, Behzad & Amarou, Ben Vedren, Cabanne, Francois X, Leo pol, Lowris, Shlømo, Sweely) nous avons posé quelques questions à Brice Coudert, directeur artistique de Concrete, afin de mieux comprendre comment le club a su tirer son épingle du jeu et imposer son image (béton) dans un vivier nocturne parisien en ébullition.

 

– Peut-on affirmer que la club culture en France n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui ?

Brice Coudert : “Club culture”, je ne sais pas, mais la house et la techno, oui. Je me souviens qu’en 2011/2012, quand ce nouvel élan a démarré, beaucoup de gens disaient que ça retomberait, que c’était juste une mode. Ca n’a pas été le cas finalement. Notre culture est bel et bien rentrée dans les mœurs. Tout n’est pas parfait mais on a quand même fait un beau pas en avant.

– Ces dix dernières années, beaucoup de clubs ouvrent et ferment aussi vite. Comment Concrete a réussi à s’imposer et à créer une image forte ?

Il n’y a que la passion et l’amour de ton projet qui te font continuer lorsque ça devient compliqué. Quand tu portes un projet avec tes tripes, tu fais tout pour qu’il continue à vivre.  C’est un peu élever un enfant.
Dans notre équipe, on a tous traîné dans les shops de disques, on a tous sillonné l’Europe pour faire le tour des clubs pour les uns et des free parties pour les autres. On vit tous ce truc à fond depuis des années et on espère continuer à le vivre le plus longtemps possible. Pas parce que ça marche mais parce qu’on aime faire ça plus que tout.

C’est aussi pour ces raisons qu’on a une image forte. La “marque” Concrete s’est renforcée au fur et à mesure des années. On a fait kiffé les gens, on les a déçus, on s’est rattrapés… Et les gens voient qu’on est toujours là.
C’est tout ce cheminement et ces histoires entre le public et nous qui fait qu’on est maintenant complètement rentrés dans le décor je pense.

– Quels sont les nouveaux enjeux qui s’imposent naturellement aux clubs aujourd’hui ? L’expérience proposée au public doit-elle être envisagée différemment ? Par exemple les samedimanches qui peut être ont été pensés dans cette optique ?

Aujourd’hui, une bonne partie du public sort régulièrement, voire tous les week-ends. Logiquement, ils attendent un peu plus de leurs sorties que le clubber de base. Les offres de fêtes en warehouses se multiplient et le fait d’être à moitié illégales leur permet de proposer tout ce qui fait un peu défaut aux clubs : de l’espace, peu de sécurité, des tarifs bas, des soundsystems sans limitation et un public un peu moins random.

Au départ, Concrete était aussi une sorte de fête warehouse dans l’esprit. On savait qu’on perdrait cette image et certains des avantages qui vont avec en devenant un club ouvert tous les week-ends. Mais on a fait ce choix car on avait énormément de choses à dire artistiquement. Organiser un événement par mois, c’était beaucoup trop peu pour construire tout ce qu’on voulait construire. On sentait qu’on pouvait vraiment développer le truc à Paris mais pour ça, on avait besoin d’un club ouvert tous les week-ends. Quitte à perdre l’effet de rareté et l’image underground.

On a donc bâti un club à notre manière, en s’éloignant au maximum du modèle “boite de nuit classique”. Voilà pourquoi l’idée du DJ booth au niveau du sol et pas sur une scène, de l’absence de backstage et de tables VIP, de l’ouverture très tôt en soirée avec entrée gratuite, des longs sets, d’une équipe de résidents, d’un label etc…
Le samedimanche est également un moyen de se démarquer des autres clubs. On est en train d’upgrader progressivement Concrete pour en faire un endroit de plus en plus confortable, approprié aux longues fêtes et s’éloigner encore davantage des établissements de nuit classiques.

 Peut-on encore considérer l’impact de la programmation comme une garantie d’affluence ?

Oui, vraiment ! La jauge peut passer du simple au double entre un line-up pointu et un autre plus costaud. J’entends souvent des gens qui râlent et disent qu’il y a trop de monde à Concrete, trop de queue etc… Si tu viens pour voir Chris Liebing, Arpiar ou Ben Klock, t’auras du monde comme dans n’importe quel club du monde. Maintenant, si t’es un peu curieux et que tu viens pour line-up plus pointu ou un dimanche après midi, tu verras que c’est beaucoup plus à la cool.

© Mouloud Ourabah

– Dans un entretien donné au webzine Goûte Mes Disques en 2014, tu disais à propos de la réussite de Concrete que « la clé finalement, on l’avait trouvée en allant chercher du côté des gens qui n’écoutent pas cette musique. Vu que le nombre de clubbers était trop limité, il fallait en créer de nouveaux, en les éduquant musicalement avec la musique qui leur plaisait. » 
Existerait-il un cercle vertueux qui pousserait ces nouveaux consommateurs de fête, sensibilisés à la dance music, à fréquenter les clubs dans un second temps ou sommes-nous davantage dans une expérience festive que musicale ?

Si c’était pas la cas, j’aurai tout abandonné depuis longtemps. Si vous saviez le nombre de personnes qui viennent me voir à Concrete et me disent qu’ils ont découvert la house ou la techno chez nous !

C’est aussi pour ca que je pense qu’il faut y aller doucement quand on critique le jeune public. Ces petits relous qui te renversent leur verres de vodka Red Bull dessus sur le dancefloor, seront peut être les artistes qui te mettront de grandes claques musicales dans cinq ans. Je ne donnerai pas de noms mais j’ai des exemples de gars qui ont découvert cette musique chez nous il y a six piges et que je booke aujourd’hui.  C’est pour ce genre de raisons qu’avoir un club ouvert tous les week-ends était important pour nous.

– Le club revêt-il toujours cette place de moteur, de tremplin pour les jeunes artistes et collectifs français ?

Et comment !  Je me débrouille pour toujours placer des jeunes locaux sur tous mes line-ups. Je ne sors pas énormément en dehors de Concrete, du coup je ne marche pas forcément au copinage. C’est un défaut que j’ai finalement transformé en qualité. Je me base strictement sur les morceaux et les mixes que je dig sur le net. Si je trouve que l’artiste est intéressant, actif et avec du potentiel, je le booke. Que je le connaisse ou non.

Dès que je vois un nouveau nom de DJ français sur un line-up intéressant, je vais écouter ce qu’il fait et je le note dans mon fichier Excel, avec mes petites observations à coté. Et dès que j’ai besoin, je vais piocher dans cette liste.

– Samedi et dimanche 5/6 novembre, Concrete va fêter ses six ans. A part le classique “bon anniversaire”, qu’est ce que tu aimerais entendre en particulier lors de cette soirée ? 

Tout type d’encouragements, de remerciements et autres mots qui nous font réaliser qu’on fait pas tout ça pour rien sont toujours les bienvenus ! Ou un bon “Allez là!!”, parce que la fête, c’est aussi savoir être bête de temps en temps !

– Depuis les premières Twsted jusqu’à la Concrete d’aujourd’hui, quelle année a été la plus charnière ? Pourquoi ? 

2017.
On s’est vraiment concentrés à fond sur Concrete, pour essayer de prendre un joli rebond après nos cinq ans. Licence 24h, changement de l’équipe de sécu, changement de physio avec l’arrivée de Valery B, ouverture du chill et des toilettes supplémentaires au -1…. Et l’année n’est pas terminée… 😉

– Un de tes meilleurs souvenirs d’une soirée Concrete ?

Le dimanche 8 septembre 2013 matin. On dévoilait pour la première fois notre nouveau DJ booth et notre nouveau soundsystem. J’observais les gens danser tout autour de la cabine DJ, complètement émerveillés, et me rappelais l’époque où je fantasmais d’ouvrir un club de ce genre à Paris et faire ce job.

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