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Interview : Tommy Vaudecrane, président de Technopol, détaille la Paris Electronic Week

La Paris Electronic Week ouvre ses portes dans une heure. Au programme de cette 4e édition : conférences, workshops, ateliers et soirées qui font de la PEW le plus grand salon professionnel des musiques électroniques. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Alors que la première conférence a lieu dans une heure, nous avons pu discuter avec Tommy Vaudecrane, président de Technopol, qui nous explique plus en détails les tenants et aboutissants de la Paris Electronic Week, du 20 au 23 septembre à la Gaîté Lyrique.

 

Pourrais-tu définir la PEW en trois mots ?

On va dire que c’est le rendez-vous incontournable pour les professionnels des musiques électroniques et ceux qui souhaiteraient devenir des professionnels, donc aussi bien des gens qui ont une activité aujourd’hui en cours que ceux qui souhaitent créer une activité, et ça à tous les niveaux : diffuseurs, créateurs, labels, éditeurs etc.

Quelle était votre volonté en montant ce projet ? Sur le long terme, quel est le véritable objectif de la PEW ?

C’était de pouvoir offrir à l’écosystème des musiques électroniques français les outils et les pistes de réflexion pour que ce dernier puisse être durable. Le but c’est que les gens puissent se projeter concrètement à un niveau professionnel. Notamment par une connexion forte avec les sujets, les problématiques, les succès qui ont lieu à l’étranger tout en prenant en compte les particularités de notre pays. Le but en fait c’est dire que c’est bien de travailler mais de savoir ce qu’on fait. Et aujourd’hui, pour savoir ce qu’on fait, on est obligés de se rencontrer, d’échanger pour créer notre propre scène, qui existe mais qui est loin d’être parfaite encore. Il nous manque encore trop de professionnalisme, il faut qu’on arrive à plus se projeter sur le long terme, pour que quand on monte un projet, on se demande où l’on sera dans cinq ans et pas dans six mois. Avec des impayés, des retards ou des échecs, on crée un gâchis d’énergie qui pourrait être beaucoup mieux exploitée, pour le bien être de notre écosystème.

Est-ce que le timing était le bon ? Les gens sont-ils de plus en plus réceptifs à ce genre d’initiatives ?

Je pense que le timing n’était pas mauvais. En fait, c’est la cinquième édition mais la première était plus confidentielle. L’émergence de la PEW correspond à peu près au moment où on a vraiment réussi à entériner le statut de DJ. On s’est alors rendu compte que notre travail pouvait donner des résultats mais qu’il y avait encore un gros besoin de se faire comprendre des différents acteurs.

L’an dernier, on a réuni deux fois et demi plus de personnes que l’année d’avant et cette année les gens seront présents et on a reçu énormément de demandes. Je pense qu’on est arrivés au bon moment, qu’on comble un besoin puisque l’on voit aujourd’hui de plus en plus d’initiatives se créer où les jeunes et les moins jeunes proposent beaucoup de conférences et de réflexions au niveau local. Je crois que l’on a inspiré des gens et c’est très bien.

Le combat de Technopol pour la reconnaissance de cette scène est-il réussi ? 

Oui et non . Finalement, quand on refait le film depuis vingt ans, bon moi je n’y étais pas au début mais j’y ai participé de différentes manières, on peut admettre que l’on est plus dans une problématique de diabolisation, de rejet etc. Mais on est encore face à une fragilité du marché surtout au niveau de l’emploi, face à des discriminations à des niveaux locaux etc. On y est pas encore, il y a des problèmes qui se posent. Avant, on nous interdisait parce qu’on était de la musique électronique, aujourd’hui on va pas nous interdire mais on va nous empêcher de faire parce qu’on a pas les mêmes moyens que Live Nation ou autres. On est donc passés d’une censure culturelle à une censure économique.

Au regard de tout le chemin accompli depuis la création de l’association en 1996, quelle est pour toi votre plus grande victoire ?

Je dirai que la première, c’est la circulaire de 1998. C’était il y a vingt ans donc on passe à autre chose mais c’était quand même la circulaire qui a fait reconnaître les musiques électroniques comme culture. Il y a aussi le statut du DJ et puis toutes les actions qui ont été menées au niveau local pour réduire les interdictions et renforcer la compréhension des musiques électroniques. Plus récemment, il y a eu un gros travail fait avec la SACEM notamment de rémunération et de transparence. Il y en a beaucoup et ce sont des victoires mais on avance surtout du mieux qu’on peut. Il y a également une belle avancée dans nos relations avec les institutions. Une rave party a été organisée dans les locaux du ministère de la culture : si ce n’était pas une victoire affichée, c’est une belle victoire institutionnelle. C’est un travail de longue haleine, d’échanges et de discussions qui mène à la possibilité d’envisager une carrière ou un métier dans notre écosystème mais pas encore de le vivre.

N’avez-vous pas peur à terme d’une trop grande institutionnalisation du genre ?

En France en tout cas on pas le choix. Sans les institutions, la culture n’avance pas car ce sont elles qui décident de beaucoup de choses. Mais que Jack Lang aille remettre la légion d’honneur à Laurent Garnier, on est tous contents que ça se passe, vraiment. Parce que c’est nécessaire pour rentrer dans l’histoire, dans la presse et sur les sites. Un des plus gros combats de Technopol qui a porté ses fruits et que Jack Lang a soutenu depuis le début c’est cette reconnaissance institutionnelle qui nous permet de s’asseoir autour d’une table avec ces gens là, de dire ce qu’on attends d’eux et de faire passer un certain nombre d’idées qui vont nous aider à faire grandir et consolider notre écosystème.

Comment avez-vous choisi et élaboré tous les thèmes des conférences ?

On a un comité éditorial en interne qui est composé de différents types d’acteurs et on a un curateur qui lui est à l’étranger qui est journaliste spécialisé qui travaille sur pas mal de conférences. On fait un mélange ce qui nous semble intéressant, des choses qui vont passionner et d’autres plus utiles et des sujets qui viennent sur la table d’autres conférences à l’étranger qu’il est nécessaire de travailler ici. On a les innovations dans le domaine de la création musicale, des problèmes d’actualité avec l’état d’urgence mais aussi des workshops pour les Djs et des ateliers pratiques comme par exemple comment bien organiser un événement pour ne pas se retrouver à poil suite à une annulation… On essaie de balayer tous les champs liés aux différentes problématiques auxquelles on est confrontés tout en restant dans l’actualité.

Quelles sont les problématiques majeures et primordiales abordées cette année ?

Pour nous il y a l’état d’urgence qui est la plus grosse difficulté face à laquelle beaucoup d’organisateurs se retrouvent confrontés aujourd’hui. On a une grande conférence à ce sujet mercredi avec notamment Jack Lang, le festival Astropolis, Freeform et le Weather Festival, qui vont tous représenter une majorité d’acteurs. On a prévu pas mal de choses sur l’innovation dans la création avec la participation de Native Instruments ou Pioneer DJ. On a une super conférence de clôture qui s’insère dans un nouveau cycle que l’on lance cette année, les pionniers de la musique électronique, et qui sera dédiée à Pierre Henry avec des intervenants comme Jean-Michel Jarre. On va également aborder les sujets de Facebook, Snapchat ou encore des assurances, primordiales. C’est hyper complet et on essaie d’être exhaustif du coup je n’en ai pas de préférée. On est très contents de la programmation cette année.

On a vu que la Colombie était cette année mise à l’honneur, que peux-tu nous dire sur cette scène et quel est votre objectif en ouvrant la PEW à des thématiques internationales ?

On le fait tous les ans, notamment parce qu’il y a ces années de collaboration culturelles avec des pays étrangers alors on s’est reliés à ça. On a eu l’Asie deux années de suite avec la Corée et le Vietnam, l’Afrique du nord et cette année donc on se penche sur la Colombie. On en profite donc pour faire venir des artistes qui vont jouer à Concrete, à la Techno Parade, à Toulouse, on les fait pas mal tourner. On a aussi pensé une masterclass animée par l’un des ces artistes pour expliquer comment il crée de la musique (c’est de la house en l’occurrence) avec des influences latino-américaines.

Y’a-t-il des nouveautés cette année par rapport aux éditions précédentes ?

Oui tout à fait. On a souhaité développer un nouvel axe, un carrefour entre les arts numériques et la musique électronique. On investit avec nos partenaires une galerie d’art en sous-sol d’un parking de 500 m² dans le XIVe (R-2), où pendant deux jours il y aura des installations d’art numérique (réalité virtuelle, fibre optique, Vjing…) accompagnées par des Djs. On essaie de réfléchir directement à comment les arts numériques vont impacter la diffusion musicale, la mise en place de shows et la manière dont les artistes travaillent aussi. L’approche pluridisciplinaire est de plus en plus présente et ça crée des croisements assez intéressants que l’on souhaitait promouvoir.

Propos recueillis par Leo. 

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