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[INTERVIEW] Into The Deep

Le collectif Into The Deep organise Confluence. C’est un bel événement puisqu’ils invitent Andal et Hunee au Djoon ce soir. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur cette fine équipe.

 

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Arthur Lastmann et Step Daw, vous vous êtes rencontré fin 2012 dans les locaux du label berlinois !K7 Records. Racontez nous comment ça c’est passé…

Effectivement! On était tous les deux en stage dans cette usine à stagiaire! L’ambiance de travail n’était pas vraiment au top, ce qui renforce les liens. Et comme nos bureaux étaient l’un en face de l’autre, on devait se battre pour le contrôle des enceintes! On en garde de bons souvenirs car on a eu l’occasion de toucher un peu à tout, de comprendre le fonctionnement d’un label, d’un distributeur etc… et surtout de découvrir énormément de musique.

Comment, chacun de votre côté, vous en êtes venu à la « musique électronique » ?

Arthur: Je viens plutôt de l’univers Rock & world music à l’origine. Je me suis vraiment intéressé à la « musique électronique » en 2006/2007 notamment à travers la scène Chilienne (Villalobos, Luciano, Dandy Jack, Pier Bucci…) qui se produisaient assez souvent du côté d’Aix-Marseille ou j’ai fait une partie des études. Ca m’a notamment poussé à aller découvrir une partie du continent Sud-Américain en 2008 parce que cette association de sonorités latines & électroniques m’a tout de suite fasciné.

Stéphane: au départ, beaucoup d’Abstract, notamment la scène Ninja Tune que j’ai écouté en long et en travers en allant vivre quelques temps dans le nord de l’Angleterre. Ça passait par Bonobo, The Herbaliser, Cinematic Orchestra… ou des labels comme Tru Thoughts avec Quantic, TM Juke, Alice Russel… J’étais également un grand fan des premiers albums de Dj Cam, et aussi de DJ Shadow, CutChemist (Product Placement!), The Wiseguys, DJ Krush… C’est en m’installant en 2010 à Berlin que j’en suis venu à découvrir l’univers de Dial, Smallville, des producteurs comme Theo Parrish, Omar S… ou des personnages comme Zip par exemple.

Vous vous revendiquez « Vinyl Only » pourquoi ce choix ? Niveau qualité, c’est ce qui fait la différence dans une soirée aujourd’hui ?

On a fait ce choix car c’est ce qui nous parait le plus naturel à vrai dire. Même si internet a une place très importante aujourd’hui, on ne pourra jamais remplacer le sentiment d’aller digger dans les bacs, de checker la pochette, de prendre le vinyl dans ses mains et de sentir son contact quand on le joue. Ce n’est absolument pas pour une histoire de qualité sonore car on se retrouve régulièrement avec de mauvaises surprises, surtout avec des bootlegs ou des secondes mains.
Il y a également une histoire derrière chaque vinyle qui composent nos collections respectives: trouvés dans des shops improbables, au cours de voyages mémorables ou simplement entendus en club sur un gros soundsystem. C’est aussi des souvenirs sympas. Pour finir, ce sentiment de mettre enfin la main sur un disque que l’on cherche depuis un certain temps est incroyable!

On ne va pas rentrer dans le débat du numérique vs analogique. On considère simplement que l’utilisation des fichiers numériques ne nous correspond pas, on aurait du mal à s’y retrouver dans un disque dur de 100giga de musique.
Puis par rapport à nos habitudes d’écumer les boutiques de disques, la démarche de téléchargement en quelques clicks est aux antipodes.
Se construire une collection de vinyles demande beaucoup de temps et d’investissement, mais cela permet surtout de prendre du recul, d’affiner ses goûts et d’y trouver son propre style.

Qu’est ce qui compte le plus aujourd’hui dans un set, la select ou la technique ?

Difficile de répondre à cette question, tout va dépendre du style musical. D’après nous, l’un de va pas sans l’autre: un sac de disque très bien garni n’est pas l’élément crucial pour obtenir un bon set. De la même manière qu’une technique chirurgicale ne sert a rien si la cohérence des morceaux choisis n’est pas réfléchie.

Vous êtes des diggeurs ou des chineurs de sons infatigables, vous allez rompre un secret d’état si vous nous dites où vous allez vous recharger ?

Il n’y a rien de vraiment très secret, plutôt les usual suspects:
– Les Marketplaces comme Discogs / MusicStack / Ebay / Le Bon Coin…
– Youtube (que ferions-nous sans ?!)
– Les shops divers dans les villes que nous avons l’occasion de visiter
– Les marchés aux puces, brocantes et autres vide-greniers (on peut vraiment y faire de très belles trouvailles)
Infatigable est un bien grand mot 🙂 Comme Antal le dit très justement, il y a un véritable paradoxe dans le fait de digger/rechercher de la musique: « on passe la plupart du temps à écouter des choses qui ne nous touchent pas et qu’on pas envie d’écouter, avant de trouver finalement quelques chose qui nous correspond. »  Ça demande donc beaucoup d’énergie, et dépend vraiment du mood.

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Quels sont les lieux décisifs et importants pour vous ? Qu’ils soient parisiens, extra muros ou internationaux ?

Le défunt Tape Club à Berlin : on ne ratait pas une « Jam Session » organisée par Jus Ed les mercredi soir à l’époque. Un super club avec un soundsystem et une acoustique hors norme. Les disques joués sur ce system prenaient réellement une dimension toute autre que dans n’importe quel autre lieu… Le Robert Johnson à Frankfurt pour sa simplicité. Une ambiance intimiste, un excellent soundsystem, la proximité avec les artistes, et une programmation de qualité. On y est allé à plusieurs reprises et on apprécie réellement que la musique soit l’élément essentiel: pas d’artifice, simplement la musique.
Le très cliché Berghain/Pbar: c’est la qu’on a passé nos premières soirées à rallonge lorsqu’on était en stage la bas. C’est d’ailleurs en visitant régulièrement ce lieu qu’on a compris l’importance d’avoir une résidence dans un club. Personne ne maîtrise mieux le soundsystem que les résidents d’OstGut, c’est absolument hallucinant de les voir à l’oeuvre, souvent bien plus que les « têtes d’affiches » qui y jouent ponctuellement. Cela fait plusieurs mois que nous n’y sommes pas allés cela dit… Donc à refaire prochainement.
Et bien évidemment le Djoon, qui est à nos yeux le club qui représente le plus la culture house et ses racines black. Le soundsystem dégage une réelle chaleur (la DJR y est pour quelque chose!) et le dancefloor est vraiment agréable. Ce club à une véritable histoire musicale. Beaucoup d’artistes y ont fait leur premiers pas sur la scène parisienne avant de tourner ailleurs. On pense à Théo Parrish, Joe Claussel, Larry Heard… L’accueil réservé aux danseurs est aussi un trait caractéristique, ce qui en fait un lieu unique à Paris.
On se retrouve enfin dans les valeurs et les rapports humains que l’on peut avoir avec Afshin et Adrien, les patrons de l’établissement. Et on ne peut que les remercier de nous avoir fait confiance dés le début avec des plateaux d’artistes qui n’étaient pas forcément évident à défendre.

Votre directeur artistique, Grégoire Lesourd, est aussi photographe, cela permet d’intégrer la vidéo à votre collectif. En quoi c’est important pour vous ? Pourquoi ?

L’aspect visuel a et aura toujours une grande importance dans notre approche de la musique. On a souhaité s’installer dans la durée avec Grégoire et lui donner une grande liberté afin de construire une identité singulière. Tous les visuels qu’il a pu nous fournir proviennent de ses propres photos, et cette démarche est importante à nos yeux. C’est également grâce à lui que nous avons rencontré des professionnels comme Matthieu Tregoat (Backstage Record/Né Sous Mix) avec qui on a va d’avantage travailler sur du contenu vidéo, des teasers, reports voir des installations dans le futur.

Vous êtes aussi promoteurs puisque vous organisez les soirées « Confluence » où vous nous faites découvrir des producteurs ou des DJs pointus, « de véritables diggeurs » comme vous le dites, dites nous en plus…

Le principe est relativement simple: nous avons commencé le projet Confluence fin 2012. Paris bouillonnait déjà et il s’y passait beaucoup de choses intéressantes. Mais on (Stéphane & Arthur) ne s’y retrouvait pas forcément en fait. Beaucoup d’artistes jouaient 4, 5 voir 6 fois par an à Paris. On a souhaité prendre le contre-pied de ça, en invitant des producteurs/DJs talentueux qu’on voyait malheureusement jamais par ici.
Ca a commencé avec Marcello Napoletano, Volcov, John Swing puis continué plus récemment Andrew Ashong ou Nick Holder.
Par ailleurs, on a souhaité mettre en avant des duos de collectionneurs/DJs qui, lorsqu’ils jouent ensemble, arrivent à créer une atmosphère unique. C’est le cas des duos Antal/Hunee & Alex Nut/Andrew Ashong qui, à chacune de leurs performances, font des étincelles.

Vous vous amusez toujours autant en soirée ?

Pour être honnête, nous ne sommes pas sortis en club depuis un moment donc ce serait assez difficile à dire. On sortait vraiment beaucoup plus l’année dernière et on a passé de très bons moments, autant à Paris qu’ailleurs.

Parlez nous un peu de votre soirée au Djoon avec Antal et Hunee…

C’est une chance de pouvoir inviter une seconde fois ces deux grands diggers à jouer ensemble au Djoon. Il y a une telle alchimie entre les deux que l’on dépasse l’univers strict du club. C’est une véritable expérience, une claque tant par l’énergie qu’ils dégagent derrière les platines, les émotions qu’ils arrivent à susciter auprès du public et surtout les disques qu’ils envoient avec un sens du groove incroyable, une culture musicale hors norme et un gout du risque surprenant!

Qu’est ce qu’il faut vous souhaiter pour la suite ?

Et bien on va lancer le label « Confluence » dont le premier EP produit par Darand Land (Deep4Life/Downbeat) vient tout juste de partir en pressage (sortie prévue début décembre). On ne souhaite pas cloisonner Confluence à un univers en particulier ou à des projets orientés « dancefloor » mais plutôt mettre en avant des musiques qui vont avant tout nous parler. Nous avons également attaché une grande importance à l’univers graphique de la pochette et on espère que le résultat trouvera son public!

Propos recueillis par Paul Brinio

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